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PROTHESES DENTAIRES ET GOÛT DES ALIMENTS

Publié le : 12/08/2025 20:17:10
Catégories : Blog dentaire

Auteur : Docteur Georges LAMBOLEY, chirurgien-dentiste — Comité éditorial

Le port d’un dentier modifie-t-il le goût ?

Comprendre les changements de saveur ressentis avec une prothèse dentaire

De nombreux porteurs d’une nouvelle prothèse dentaire ont l’impression que les aliments ont moins de goût. Cette sensation peut être réelle, mais elle est généralement liée à plusieurs facteurs et pas uniquement au recouvrement du palais.

Une prothèse dentaire peut-elle modifier le goût ?

Une prothèse complète ne supprime pas les récepteurs gustatifs. La majorité d’entre eux se trouvent dans les bourgeons gustatifs répartis principalement sur la langue, mais également dans certaines autres régions de la bouche et de la gorge.

Toutefois, une prothèse supérieure recouvre une partie du palais et modifie les sensations de température, de pression et de texture. Elle change également la manière dont les aliments sont écrasés et mélangés à la salive. Ces modifications peuvent donner l’impression que les aliments ont moins de saveur.

Les études disponibles indiquent que les prothèses complètes conventionnelles peuvent influencer la perception gustative chez certaines personnes. L’intensité de cette modification varie cependant selon les patients, la conception de l’appareil, son adaptation et le temps écoulé depuis sa mise en place.

À retenir : une modification du goût pendant les premières semaines ne signifie pas nécessairement que la prothèse est mal réalisée. Le cerveau doit progressivement s’adapter à de nouvelles sensations tactiles, thermiques et mécaniques.

Comment fonctionne la perception du goût ?

Papilles gustatives et perception du goût

Les substances contenues dans les aliments doivent être dissoutes dans la salive avant de stimuler les récepteurs gustatifs. Ceux-ci transmettent ensuite des informations au cerveau par l’intermédiaire de plusieurs nerfs.

La science reconnaît actuellement cinq saveurs fondamentales :

  • le sucré ;
  • le salé ;
  • l’acide ;
  • l’amer ;
  • l’umami, associé notamment aux aliments riches en protéines et en glutamate.

La carte des goûts sur la langue : une idée dépassée

Contrairement à une croyance encore très répandue, la langue n’est pas divisée en zones exclusivement réservées au sucré, au salé, à l’acide ou à l’amer. Les différentes saveurs peuvent être perçues sur l’ensemble des régions gustatives, même si leur sensibilité peut légèrement varier.

Il est donc préférable de ne pas utiliser l’ancien schéma attribuant une saveur particulière à chaque partie de la langue, car cette représentation est aujourd’hui considérée comme inexacte.

Goût et arômes ne sont pas exactement la même chose

Ce que nous appelons couramment le « goût » d’un aliment résulte en réalité de l’association entre les saveurs, l’odorat, la température, la texture et les sensations produites pendant la mastication.

L’odorat joue un rôle majeur. Lorsqu’une personne est enrhumée ou présente une diminution de l’odorat, les aliments peuvent paraître beaucoup plus fades alors que ses récepteurs gustatifs fonctionnent encore.

Les principaux facteurs qui influencent la perception des saveurs

1. La période d’adaptation

Une nouvelle prothèse introduit dans la bouche un volume, une texture et des points de contact inconnus. Ces nouvelles informations sensorielles peuvent temporairement perturber l’analyse des aliments par le cerveau.

Chez de nombreux patients, cette sensation s’atténue progressivement à mesure que la langue, les muscles et le cerveau s’habituent à la prothèse.

2. La salive et la sécheresse buccale

La salive dissout les molécules responsables des saveurs et les met en contact avec les récepteurs gustatifs. Une bouche sèche peut donc réduire la perception des aliments, compliquer la mastication et rendre le port de la prothèse moins confortable.

La sécheresse buccale peut être favorisée par la déshydratation, certaines maladies, la respiration par la bouche, une radiothérapie de la tête et du cou ou de nombreux médicaments. Les antidépresseurs, anxiolytiques, antihistaminiques, diurétiques et certains antihypertenseurs peuvent notamment être concernés.

Important : il ne faut jamais interrompre un traitement médical pour tenter d’améliorer le goût ou la salivation sans demander auparavant l’avis du médecin prescripteur.

3. L’âge

La perception gustative et surtout les capacités olfactives peuvent diminuer progressivement avec l’âge. Les problèmes dentaires, la sécheresse buccale, certaines maladies et la prise de médicaments peuvent accentuer cette évolution.

Les aliments risquent alors de sembler plus fades. Certaines personnes ajoutent davantage de sucre ou de sel pour renforcer les saveurs, ce qui peut être problématique en cas de diabète, d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire.

4. La température et la texture

Une prothèse supérieure en résine agit partiellement comme un isolant. Les variations de température peuvent être moins nettement ressenties au niveau du palais, ce qui modifie l’expérience globale des aliments.

Une plaque métallique transmet mieux la chaleur et le froid qu’une plaque en résine. Cela ne signifie cependant pas qu’elle améliore systématiquement le goût. Le choix du matériau doit reposer sur l’ensemble des besoins cliniques du patient.

5. L’adaptation et l’entretien de la prothèse

Une prothèse trop épaisse, instable, inconfortable ou insuffisamment entretenue peut gêner la mastication et diminuer le plaisir de manger. Des dépôts alimentaires ou microbiens peuvent également produire une mauvaise odeur ou un goût désagréable.

Une utilisation excessive de colle dentaire peut parfois modifier la texture en bouche ou laisser un goût inhabituel. Une prothèse nécessitant constamment une quantité importante d’adhésif doit être contrôlée par un chirurgien-dentiste.

6. Les maladies et les traitements

Une modification du goût peut aussi être liée à une infection du nez ou des sinus, une affection buccale, une maladie des gencives, une candidose, certains médicaments, une chimiothérapie ou une radiothérapie.

Une perte récente de l’odorat peut également donner l’impression d’avoir perdu le goût. Il ne faut donc pas attribuer automatiquement toute modification des saveurs au dentier.

Comment retrouver le plaisir de manger avec un dentier ?

  • Laisser à la bouche le temps de s’adapter à la nouvelle prothèse.
  • Mastiquer lentement et répartir les aliments des deux côtés.
  • Varier les textures, les températures et les assaisonnements aromatiques.
  • Utiliser des herbes, des épices ou du jus de citron lorsque cela est compatible avec son état de santé.
  • Éviter d’augmenter systématiquement les quantités de sucre ou de sel.
  • Boire régulièrement de l’eau en cas de sensation de bouche sèche.
  • Nettoyer quotidiennement la prothèse et la retirer selon les recommandations du chirurgien-dentiste.
  • Faire contrôler la stabilité, l’épaisseur et l’adaptation de l’appareil en cas de gêne persistante.

Quand faut-il consulter ?

Une consultation auprès du chirurgien-dentiste ou du médecin est recommandée lorsque la modification du goût :

  • persiste plusieurs semaines après la mise en place de la prothèse ;
  • apparaît brutalement sans raison identifiable ;
  • s’accompagne d’une importante sécheresse buccale ;
  • provoque une perte d’appétit ou de poids ;
  • s’accompagne de douleurs, de brûlures, de lésions ou d’un mauvais goût permanent ;
  • est associée à une diminution récente de l’odorat.

En conclusion

Une prothèse dentaire complète peut modifier temporairement la perception globale des aliments, mais elle ne supprime généralement pas le goût. L’adaptation sensorielle, la salive, l’odorat, la température, l’âge, les médicaments et l’état général de la bouche jouent également un rôle essentiel.

Si la gêne persiste, le chirurgien-dentiste pourra contrôler l’adaptation de la prothèse et rechercher une autre cause. Une correction, un réglage ou une prise en charge de la sécheresse buccale peut parfois améliorer nettement le confort alimentaire.

Sources et références

Information médicale : cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un examen, un diagnostic ou les conseils personnalisés d’un chirurgien-dentiste ou d’un médecin.

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