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la peur du dentiste infos et conseils

Publié le : 01/09/2018 23:03:12
Catégories : Blog dentaire

Auteur : Docteur LAMBOLEY Georges, chirurgien-dentiste

Patiente anxieuse avant une consultation chez le dentiste

Peur du dentiste : comment surmonter l’anxiété et la phobie dentaire ?

Appréhension, anxiété ou véritable phobie : la peur du dentiste peut rendre une simple consultation extrêmement difficile. Cette peur n’est ni ridicule ni honteuse. Des solutions existent pour reprendre progressivement les soins dans un climat de confiance.

Anxiété ou véritable phobie dentaire ?

Une légère appréhension avant un rendez-vous est fréquente. Elle peut être liée à la peur de la douleur, à l’injection anesthésique, aux instruments, au bruit de la fraise ou au résultat du diagnostic.

La peur devient plus préoccupante lorsqu’elle provoque une forte détresse, des crises d’angoisse ou un évitement systématique des consultations. On parle alors de phobie dentaire, également appelée odontophobie ou stomatophobie.

Cet évitement peut entraîner une dégradation progressive de la santé bucco-dentaire : caries non traitées, infections, maladies des gencives, mauvaise haleine, difficultés à manger ou altération du sourire. La personne peut alors éprouver de la honte et repousser encore davantage la consultation, créant un véritable cercle vicieux.

Important : une douleur dentaire persistante ne doit pas être masquée par une automédication prolongée ou un dépassement des doses d’antalgiques. Une consultation est nécessaire pour en traiter la cause.

Pourquoi avons-nous peur du dentiste ?

La peur des soins dentaires peut avoir plusieurs origines :

  • Une consultation ancienne vécue comme douloureuse ou traumatisante.
  • Le sentiment de ne pas avoir été écouté ou de ne pas avoir gardé le contrôle.
  • La peur de l’injection, de la douleur ou d’un diagnostic défavorable.
  • Le bruit, les odeurs, la lumière ou le contact des instruments.
  • Un réflexe nauséeux important ou la crainte de s’étouffer.
  • La difficulté à rester immobile ou à garder la bouche ouverte.
  • La peur de perdre le contrôle pendant les soins.
  • La honte de montrer des dents abîmées ou la crainte d’être jugé.
  • Des paroles entendues pendant l’enfance présentant le dentiste comme une menace ou une punition.
  • Plus rarement, un traumatisme médical ou personnel antérieur.

Le chirurgien-dentiste n’est pas là pour porter un jugement. Son rôle consiste à évaluer la situation, soulager la douleur et proposer un traitement adapté, en tenant compte du niveau d’anxiété du patient.

Comment préparer une consultation quand on a peur ?

La première étape consiste à prévenir le cabinet dès la prise de rendez-vous. Le praticien pourra prévoir davantage de temps et organiser une première consultation essentiellement consacrée au dialogue et au bilan.

Avant le rendez-vous

  • Choisissez un praticien habitué à recevoir des patients anxieux.
  • Demandez, si possible, un premier rendez-vous sans soin important.
  • Préparez une liste de vos peurs, de vos questions et de vos antécédents médicaux.
  • Évitez les excitants comme le café ou les boissons énergisantes juste avant la consultation.
  • Venez accompagné si cela vous rassure et si le cabinet l’autorise.
  • Ne prenez aucun médicament calmant sans prescription ou accord médical.

Pendant la consultation

  • Demandez au praticien de vous expliquer les principales étapes avant de commencer.
  • Convenez d’un signal d’arrêt, par exemple lever la main.
  • Commencez par des séances courtes et des soins simples lorsque cela est possible.
  • Signalez immédiatement toute douleur au lieu d’essayer de la supporter.
  • Pratiquez une respiration lente, avec une expiration plus longue que l’inspiration.
  • Utilisez, avec l’accord du praticien, des écouteurs ou une distraction sonore.

Une progression par étapes

Pour certaines personnes, le premier objectif n’est pas de réaliser immédiatement tous les soins. Il peut simplement s’agir d’entrer dans le cabinet, de rencontrer l’équipe, de s’installer sur le fauteuil puis de réaliser un examen. Chaque étape réussie aide à retrouver confiance.

Quelles solutions le dentiste peut-il proposer ?

Une communication adaptée

L’écoute, les explications simples, le respect du rythme du patient et la possibilité d’interrompre temporairement le soin constituent la base de la prise en charge. Le praticien peut fractionner le traitement en plusieurs séances et commencer par les actes les moins anxiogènes.

L’anesthésie locale ou locorégionale

L’anesthésie locale permet d’endormir la zone à traiter. L’anesthésie locorégionale agit sur un territoire plus étendu en bloquant temporairement la conduction d’un nerf.

Un gel ou une solution anesthésiante peut être appliqué sur la muqueuse avant l’injection afin d’en réduire l’inconfort. L’injection lente du produit contribue également à améliorer le confort.

Une anesthésie efficace doit supprimer la douleur. Le patient peut toutefois continuer à ressentir des pressions, des vibrations ou des mouvements. Si une sensation devient douloureuse, il faut la signaler immédiatement afin que le praticien puisse compléter l’anesthésie ou interrompre le soin.

L’insensibilité peut persister plusieurs heures. Il est alors conseillé d’éviter de mâcher du côté anesthésié et de faire attention aux boissons très chaudes afin de ne pas se mordre ou se brûler.

Les techniques de respiration et de relaxation

La respiration lente, la relaxation musculaire, la visualisation et certaines techniques inspirées de la sophrologie peuvent aider à diminuer la tension ressentie avant ou pendant les soins. Elles ne remplacent pas l’anesthésie ni un traitement psychologique lorsqu’une véritable phobie est présente, mais elles peuvent constituer un complément utile.

Le MEOPA : une sédation consciente

Le MEOPA est un mélange équimolaire d’oxygène et de protoxyde d’azote administré au moyen d’un masque. Il peut être utilisé pour réduire l’anxiété et améliorer le confort et la coopération de certains enfants, adultes anxieux ou patients en situation de handicap.

Contrairement à une anesthésie générale, le patient reste conscient, respire spontanément et peut communiquer avec l’équipe soignante. Le MEOPA ne remplace pas nécessairement l’anesthésie locale, car son effet antalgique peut être insuffisant pour certains actes.

Son administration au cabinet dentaire nécessite un équipement adapté ainsi qu’un chirurgien-dentiste formé et disposant de la reconnaissance d’aptitude requise. Le praticien vérifie auparavant les indications, les contre-indications, les traitements suivis et l’état de santé du patient.

Administration du MEOPA pendant un soin dentaire

Les consignes concernant l’alimentation, l’accompagnement et la conduite doivent être précisées par le cabinet selon le produit employé, l’état du patient et les autres médicaments éventuellement administrés. Il faut toujours respecter les recommandations données après la séance.

L’hypnose médicale

L’hypnose peut aider certains patients à détourner leur attention et à mieux gérer leur anxiété. Les résultats varient toutefois selon les personnes et les données scientifiques restent moins solides que pour les thérapies cognitivo-comportementales.

Lorsqu’elle est utilisée dans le cadre de soins, elle doit être pratiquée par un professionnel de santé ayant reçu une formation adaptée. Elle ne remplace pas une anesthésie locale lorsqu’un acte risque d’être douloureux.

Les médicaments anxiolytiques et la sédation

Dans certaines situations, un professionnel de santé peut prescrire un médicament anxiolytique avant le rendez-vous. Cette solution nécessite une évaluation médicale, car elle peut provoquer une somnolence, interagir avec d’autres traitements et rendre la conduite dangereuse.

La sédation profonde ou l’anesthésie générale est réservée à des situations particulières et se pratique dans une structure disposant d’une équipe et d’un équipement adaptés. Elle facilite la réalisation des soins mais ne traite pas, à elle seule, la phobie sur le long terme.

Que faire en cas de phobie dentaire sévère ?

Lorsque la peur empêche toute consultation, provoque des crises d’angoisse ou perturbe fortement la vie quotidienne, un accompagnement psychologique peut être proposé en parallèle des soins dentaires.

Les thérapies cognitivo-comportementales, ou TCC, font partie des méthodes les mieux évaluées. Elles permettent de travailler progressivement sur les pensées anxieuses, les réactions physiques et les comportements d’évitement. Elles peuvent inclure des exercices de respiration, une exposition graduelle à l’environnement dentaire et l’apprentissage de moyens permettant de retrouver le contrôle.

Le traitement peut associer un chirurgien-dentiste sensibilisé à la phobie et un médecin, un psychologue ou un psychiatre formé aux troubles anxieux. Cette collaboration permet de soigner les dents tout en réduisant durablement la peur.

À retenir : il n’est pas nécessaire d’attendre une urgence ou une douleur insupportable. Une première consultation peut être consacrée uniquement à l’échange, sans effectuer de soin le même jour.

Quand faut-il consulter rapidement ?

Une consultation dentaire rapide est nécessaire en présence de :

  • douleur intense ou persistante ;
  • gonflement de la gencive, du visage ou du cou ;
  • fièvre associée à une douleur dentaire ;
  • écoulement de pus ou mauvais goût permanent ;
  • difficulté à ouvrir la bouche, à avaler ou à respirer ;
  • traumatisme avec fracture ou déplacement d’une dent.

Urgence : un gonflement important accompagné de difficultés respiratoires ou de déglutition nécessite une prise en charge médicale urgente. En France, appelez le 15 ou le 112.

Conclusion

La peur du dentiste peut être prise en charge. Une communication claire, des séances progressives, une anesthésie adaptée, des techniques de relaxation et, si nécessaire, une sédation ou un accompagnement psychologique permettent à la majorité des patients de reprendre leurs soins.

L’objectif n’est pas de nier la peur, mais de la reconnaître et d’avancer progressivement avec une équipe attentive. Plus les soins sont repris tôt, plus ils sont généralement simples et faciles à supporter.

Références

Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes
MEOPA : l’indispensable autorisation préalable de l’Ordre

Haute Autorité de santé
Utilisation du MEOPA, notamment en soins dentaires

Heidari E. et collaborateurs, 2024
Interventions visant à réduire l’anxiété et la phobie dentaires chez l’adulte

Grégoire Touati
La peur des soins dentaires : gestion des patients phobiques

Information médicale : cet article fournit des informations générales et ne remplace pas une consultation auprès d’un chirurgien-dentiste, d’un médecin ou d’un professionnel de la santé mentale. Toute prescription médicamenteuse ou méthode de sédation doit faire l’objet d’une évaluation individuelle.

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