Auteur : Docteur Georges Lamboley, chirurgien-dentiste — Comité éditorial
Bruxisme : pourquoi grince-t-on ou serre-t-on les dents ?
Le bruxisme correspond au serrement ou au grincement involontaire des dents. Il peut se produire pendant la journée ou au cours du sommeil et, lorsqu’il est important, provoquer une usure dentaire, des douleurs musculaires et des dommages aux prothèses.
Qu’est-ce que le bruxisme ?
Le bruxisme est une activité involontaire des muscles de la mâchoire qui se manifeste par un serrement des dents, un grincement ou des mouvements répétés de la mandibule.
Il ne s’agit pas toujours d’une maladie. De nombreuses personnes serrent occasionnellement les mâchoires sans subir de conséquences. Une prise en charge devient surtout nécessaire lorsque cette activité provoque des douleurs, une usure dentaire ou la détérioration des restaurations et des prothèses.
Le bruxisme éveillé
Le bruxisme éveillé se produit pendant la journée. Il correspond le plus souvent à un serrement des dents ou à une contraction prolongée des muscles de la mâchoire, souvent sans grincement audible.
Il peut apparaître pendant une période de concentration, de stress ou de tension émotionnelle. La personne n’en a pas toujours conscience, mais peut apprendre à repérer puis à réduire cette habitude.
Le bruxisme du sommeil
Le bruxisme du sommeil se manifeste pendant la nuit par des contractions des muscles masticateurs. Il peut entraîner des grincements audibles, mais également se limiter à un serrement silencieux.
La personne endormie n’en a généralement pas conscience. Le problème est souvent signalé par le conjoint ou découvert lors d’un examen dentaire.
À savoir : le bruxisme éveillé et le bruxisme du sommeil sont aujourd’hui considérés comme deux comportements distincts. Une même personne peut toutefois présenter les deux formes.
Quelles sont les causes du bruxisme ?
Le bruxisme n’a généralement pas une cause unique. Plusieurs facteurs peuvent se combiner et son origine exacte reste parfois difficile à déterminer.
Le stress et l’anxiété
Le stress, l’anxiété, la fatigue et les périodes de forte concentration peuvent favoriser le serrement des mâchoires, particulièrement pendant la journée. Ils peuvent également accentuer un bruxisme du sommeil déjà présent.
Les troubles du sommeil
Le bruxisme nocturne peut être associé à des micro-éveils et à certains troubles du sommeil. Des ronflements importants, une fatigue persistante au réveil ou des pauses respiratoires rapportées par le conjoint peuvent justifier la recherche d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil.
Les habitudes de vie
Une consommation importante de caféine, d’alcool ou de tabac peut favoriser ou aggraver le bruxisme chez certaines personnes. Une réduction de ces substances, particulièrement en fin de journée, peut être utile.
Les médicaments et substances stimulantes
Certains médicaments, notamment quelques antidépresseurs ou traitements stimulants, peuvent parfois favoriser le serrement ou le grincement des dents. Il ne faut jamais interrompre un traitement de sa propre initiative : la situation doit être évoquée avec le médecin prescripteur.
L’occlusion dentaire
Une gêne au niveau des contacts dentaires peut participer à l’inconfort de certaines personnes. Cependant, une mauvaise occlusion n’est plus considérée comme la cause principale du bruxisme.
Le meulage irréversible des dents ou les traitements orthodontiques ne doivent donc pas être entrepris uniquement dans le but de supprimer un bruxisme, sauf indication dentaire précisément établie.
Comment savoir si l’on souffre de bruxisme ?
Le diagnostic repose sur les symptômes rapportés par le patient, les observations de son entourage et l’examen réalisé par le chirurgien-dentiste.
Les principaux signes pouvant évoquer un bruxisme sont :
- des grincements entendus pendant la nuit ;
- une mâchoire contractée ou fatiguée au réveil ;
- des douleurs au niveau des joues, des tempes ou des articulations mandibulaires ;
- des maux de tête, particulièrement le matin ;
- une sensibilité accrue au chaud et au froid ;
- des dents aplaties, fissurées ou anormalement usées ;
- des obturations, couronnes ou prothèses qui se fracturent régulièrement ;
- des marques de morsure à l’intérieur des joues ou sur les côtés de la langue.

L’usure des dents n’est toutefois pas toujours provoquée par le bruxisme. Une alimentation acide, des remontées gastriques, un brossage traumatique ou certaines habitudes peuvent également altérer l’émail. L’examen du chirurgien-dentiste permet d’en rechercher l’origine.

Quelles sont les conséquences du bruxisme ?
Un bruxisme occasionnel et modéré peut rester sans conséquence. Lorsqu’il est intense ou prolongé, il peut cependant provoquer :
- une usure progressive de l’émail puis de la dentine ;
- des fissures ou des fractures dentaires ;
- une hypersensibilité au chaud, au froid ou au sucre ;
- une diminution de la hauteur des dents ;
- la détérioration des composites, couronnes, bridges ou implants ;
- des douleurs des muscles masticateurs ;
- des troubles de l’articulation temporo-mandibulaire ;
- des céphalées ou des douleurs irradiant vers les tempes, les oreilles et le cou.
Bruxisme et érosion acide : l’usure peut être plus rapide lorsque les dents sont également exposées à des boissons acides, à une consommation fréquente d’agrumes ou à des remontées gastriques.
Quels sont les traitements du bruxisme ?
La prise en charge dépend de la forme du bruxisme, de son intensité et de ses conséquences. Il n’existe pas de traitement unique convenant à toutes les situations.
La gouttière occlusale
Une gouttière réalisée ou contrôlée par un chirurgien-dentiste est généralement portée pendant la nuit. Elle sépare les arcades dentaires, répartit les forces et protège les dents ainsi que les restaurations.
La gouttière ne supprime pas nécessairement les contractions musculaires à l’origine du bruxisme. Son rôle principal consiste à limiter leurs conséquences sur les dents.
Découvrir la gouttière anti-bruxisme
Précaution : une douleur importante, une usure avancée, une dent mobile ou un trouble de l’articulation nécessitent un examen avant l’utilisation d’une gouttière, y compris lorsqu’elle est thermoformable.
Modifier les habitudes pendant la journée
En dehors de la mastication et de la déglutition, les dents du haut et du bas ne devraient normalement pas rester serrées. Une position de repos utile consiste à garder les lèvres jointes, les dents légèrement séparées et la langue détendue.
Des rappels placés sur un téléphone ou un écran peuvent aider à vérifier régulièrement la position de la mâchoire et à relâcher les muscles.
Réduire les tensions musculaires
- pratiquer des exercices de respiration ou de relaxation ;
- améliorer la qualité et la régularité du sommeil ;
- éviter de mâcher continuellement du chewing-gum ;
- limiter le mordillement des ongles ou des objets ;
- réduire la caféine, l’alcool et le tabac, surtout le soir ;
- recourir, si nécessaire, à une prise en charge du stress ou de l’anxiété.
La kinésithérapie et les traitements complémentaires
Une prise en charge par un kinésithérapeute formé aux troubles de la mâchoire peut être proposée en présence de douleurs musculaires ou articulaires. Des exercices adaptés peuvent aider à détendre les muscles et à améliorer la mobilité mandibulaire.
Dans certaines formes sévères, un spécialiste peut envisager d’autres traitements, notamment des injections de toxine botulique. Leur indication doit rester individualisée et ne constitue pas un traitement systématique.
Les médicaments
Aucun médicament ne permet actuellement de guérir durablement le bruxisme. Des traitements peuvent parfois être prescrits pour une courte durée dans des situations particulières, mais leur efficacité est variable et leurs effets indésirables doivent être pris en compte.
Les anxiolytiques, myorelaxants ou autres médicaments ne doivent jamais être utilisés sans prescription médicale.
Quand faut-il consulter ?
Il est conseillé de consulter un chirurgien-dentiste lorsque vous constatez :
- une usure ou une fracture des dents ;
- des douleurs fréquentes au réveil ;
- une limitation de l’ouverture de la bouche ;
- des craquements articulaires accompagnés de douleur ;
- une sensibilité dentaire persistante ;
- des couronnes, bridges ou obturations qui se détériorent régulièrement ;
- des grincements nocturnes signalés par votre entourage.
En présence de ronflements importants, de pauses respiratoires nocturnes, d’une somnolence pendant la journée ou d’une fatigue persistante, une consultation médicale est également recommandée afin de rechercher un éventuel trouble du sommeil.
En résumé : le bruxisme peut être occasionnel ou persistant. Un dépistage précoce permet de protéger les dents, de limiter les douleurs et d’éviter des réparations prothétiques importantes.
Sources et références
- National Institute of Dental and Craniofacial Research — Bruxism
- Manuel MSD — Bruxisme
- Agathe Dean : Le bruxisme : étiologies et traitements complémentaires au port de la gouttière
- Current Treatments of Bruxism
Ces informations sont fournies à titre documentaire et ne remplacent pas un diagnostic ni une consultation auprès d’un chirurgien-dentiste ou d’un médecin.






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