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La chasse au mercure de l'OMS

Publié le : 05/05/2020 11:58:54
Catégories : Blog dentaire

Santé et réglementation

Le mercure des amalgames dentaires est-il toxique ?

Risques pour la santé, anciens plombages, solutions alternatives et nouvelle réglementation européenne.

Auteur : Docteur LAMBOLEY Georges — Chirurgien-dentiste

Le mercure est un métal toxique lorsqu’il est absorbé en quantité suffisante. Cependant, la présence d’un ancien amalgame dentaire en bon état ne signifie pas automatiquement que son porteur souffre d’une intoxication au mercure.

Le mercure a longtemps été utilisé dans la fabrication des amalgames dentaires, couramment appelés « plombages gris ». Malgré cette appellation, ces restaurations ne contiennent pas de plomb.

L’amalgame est constitué d’un mélange de mercure et de différents métaux, généralement de l’argent, de l’étain et du cuivre. Le mercure permet d’obtenir un matériau malléable lors de sa mise en place, puis suffisamment solide pour résister aux forces de mastication.

Le mercure est-il dangereux pour la santé ?

Le mercure est reconnu comme une substance toxique, particulièrement sous certaines formes chimiques et à des niveaux d’exposition élevés. Ses effets dépendent notamment de la dose absorbée, de la durée d’exposition et de la voie de pénétration dans l’organisme.

Les amalgames peuvent libérer de très faibles quantités de vapeur de mercure, notamment pendant la mastication, la pose, le polissage ou la dépose. L’exposition est toutefois plus importante lors de la pose ou du retrait que lorsque l’amalgame reste stable en bouche.

Ce qu’il faut retenir

Les données scientifiques disponibles n’ont pas établi qu’un amalgame en bon état provoquait systématiquement une maladie générale chez son porteur. Les allergies ou réactions locales existent, mais restent rares.

Faut-il retirer les anciens amalgames ?

Il n’est pas recommandé de retirer systématiquement un amalgame qui est stable, étanche, fonctionnel et dépourvu de carie secondaire.

La dépose entraîne elle-même une exposition temporairement plus importante au mercure. Elle nécessite également de retirer une partie supplémentaire de la dent et peut, selon la profondeur de l’obturation, fragiliser la structure dentaire ou irriter la pulpe.

Un amalgame en bon état ne doit donc pas être retiré uniquement par peur du mercure. La décision doit être prise avec le chirurgien-dentiste après examen de la dent et évaluation du rapport entre les bénéfices et les risques.

Le remplacement peut être envisagé lorsque :

  • l’amalgame est fracturé ou descellé ;
  • une carie s’est développée sous l’obturation ;
  • la dent est fissurée ou fragilisée ;
  • une réaction allergique au mercure ou à un autre composant a été confirmée ;
  • une lésion locale apparaît au contact direct de l’amalgame ;
  • une nouvelle restauration est nécessaire pour une raison clinique ou prothétique.

Ce qui a changé depuis le 1er janvier 2025

Depuis le 1er janvier 2025, l’utilisation des amalgames dentaires est, en principe, interdite pour les traitements dentaires dans l’Union européenne.

Une exception reste possible lorsque le chirurgien-dentiste estime que l’utilisation d’un amalgame est strictement nécessaire en raison des besoins médicaux particuliers du patient. Cette décision doit être médicalement justifiée.

Depuis le 1er juillet 2018 : l’utilisation des amalgames était déjà interdite pour les dents de lait, les enfants de moins de 15 ans et les femmes enceintes ou allaitantes, sauf nécessité médicale spécifique.

Depuis le 1er janvier 2025 : l’interdiction concerne, en principe, l’ensemble des patients de l’Union européenne.

À partir du 1er juillet 2026 : la fabrication et l’importation d’amalgames dentaires seront également interdites dans l’Union européenne, sous réserve des dérogations prévues.

Cette évolution répond principalement à une volonté de réduire l’utilisation et les rejets de mercure dans l’environnement. Elle ne constitue pas une recommandation de retrait généralisé des obturations déjà présentes dans la bouche.

La Convention de Minamata

La Convention de Minamata est un traité international destiné à protéger la santé humaine et l’environnement contre les émissions et les rejets de mercure liés aux activités humaines.

Son nom fait référence à la ville japonaise de Minamata, touchée au XXe siècle par une intoxication environnementale majeure provoquée par des rejets industriels de mercure.

La convention encadre différentes utilisations du mercure, notamment dans les produits industriels, certains dispositifs médicaux et les amalgames dentaires.

Une démarche environnementale mondiale

L’objectif est de réduire puis de supprimer progressivement l’utilisation des amalgames tout en développant la prévention des caries et l’accès à des solutions de restauration sans mercure.

Quelles sont les alternatives à l’amalgame ?

Différents matériaux sans mercure peuvent être employés pour restaurer une dent cariée. Leur choix dépend de la localisation de la dent, de l’étendue de la carie, de la possibilité de garder la zone sèche et des contraintes de mastication.

Résines composites

De la couleur de la dent, elles sont collées aux tissus dentaires et offrent un résultat esthétique. Leur mise en place nécessite généralement une bonne isolation de la dent.

Ciments verre ionomère

Ils peuvent être employés dans certaines situations, notamment lorsque les contraintes mécaniques restent modérées.

Inlays, onlays et restaurations indirectes

Réalisées en céramique, en composite ou avec d’autres matériaux, ces restaurations peuvent être proposées lorsqu’une partie importante de la dent doit être reconstruite.

Aucun matériau n’est parfait dans toutes les situations. Chaque solution possède ses indications, ses avantages, ses contraintes techniques et sa durée de vie propre.

Pourquoi le mercure pose-t-il un problème environnemental ?

Le mercure est un polluant persistant. Lorsqu’il est rejeté dans l’environnement, il peut contaminer l’air, l’eau et les sols, puis s’accumuler dans la chaîne alimentaire.

Les cabinets dentaires ont donc l’obligation de collecter et de traiter séparément les déchets d’amalgame. Des séparateurs spécifiques empêchent leur rejet dans les eaux usées.

La réduction des amalgames participe ainsi à une politique globale de diminution des émissions de mercure, au-delà de la seule question de leur présence dans la bouche des patients.

Un ancien amalgame ne doit pas être retiré automatiquement

S’il est en bon état et ne provoque aucune complication, son maintien peut présenter moins de risques que son remplacement systématique.

En cas de doute concernant un ancien « plombage », consultez votre chirurgien-dentiste. Un examen clinique, éventuellement complété par une radiographie, permettra de vérifier son étanchéité, l’état de la dent et la présence éventuelle d’une carie secondaire.

Sources

Union européenne — Règlement (UE) 2024/1849 relatif au mercure et aux amalgames dentaires.

Organisation mondiale de la santé — Santé bucco-dentaire, environnement et Convention de Minamata.

Agence nationale de sécurité du médicament — Informations et recommandations concernant le mercure des amalgames dentaires.

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