Publié le :
01/04/2025 13:27:11
Catégories :
Blog dentaire
Article rédigé par le Docteur LAMBOLEY Georges Chirurgien Dentiste
Auteur : Docteur Georges LAMBOLEY — Chirurgien-dentiste
Matériaux dentaires et santé buccale
Comprendre les interactions possibles entre la salive et les métaux présents en bouche
De nombreuses restaurations dentaires comportent des métaux : anciennes obturations en amalgame, couronnes, bridges, appareils amovibles, pivots ou implants.
Lorsque plusieurs alliages métalliques différents sont présents dans la bouche, un phénomène électrochimique appelé galvanisme buccal ou électrogalvanisme dentaire peut théoriquement apparaître.
Ce phénomène est physiquement réel. Toutefois, sa présence ne signifie pas automatiquement qu’il provoque une maladie ou qu’il soit nécessaire de retirer les restaurations concernées.
À retenir : de très faibles courants peuvent exister entre des métaux dentaires différents, mais la majorité des patients ne ressent aucun symptôme. Les relations avec des troubles généraux à distance ne sont pas scientifiquement démontrées.
La salive contient de l’eau et de nombreux ions minéraux. Elle peut donc jouer le rôle d’un électrolyte, c’est-à-dire d’un milieu capable de conduire un faible courant électrique.
Lorsque deux métaux ou deux alliages possédant des potentiels électrochimiques différents sont présents dans cet environnement, une différence de potentiel peut se créer. Le principe est comparable, à une échelle très réduite, au fonctionnement d’une pile.
1. Plusieurs matériaux métalliques sont présents dans la bouche.
2. La salive constitue le milieu conducteur.
3. Une différence de potentiel peut apparaître entre les métaux.
4. Au contact direct des restaurations, une sensation brève de décharge peut parfois être ressentie.
L’exemple classique est celui d’une sensation vive provoquée lorsqu’un couvert métallique entre en contact avec une ancienne obturation en amalgame.
De nombreux matériaux métalliques sont ou ont été utilisés en odontologie :
Il n’est pas possible d’établir un classement universel des métaux « les plus électriques ». Le comportement dépend de la composition exacte des alliages, de leur état de surface, de leur association, de l’ancienneté des restaurations et des conditions présentes dans la bouche.
L’acidité de la salive, la plaque dentaire, l’usure, les frottements et certains produits d’hygiène peuvent également modifier les phénomènes de corrosion.
Lorsqu’un phénomène galvanique devient perceptible, les manifestations rapportées sont principalement locales et buccales.
✓ Sensation brève de décharge électrique au contact de deux métaux
✓ Goût métallique ou inhabituel
✓ Picotements de la langue ou de la muqueuse
✓ Sensation de brûlure buccale
✓ Inconfort à proximité d’une restauration métallique
✓ Plus rarement, irritation locale associée à une corrosion ou à une intolérance au matériau
Attention au diagnostic trop rapide : une brûlure buccale, un goût métallique ou des picotements peuvent avoir de nombreuses autres causes. Le galvanisme ne doit être retenu qu’après un examen clinique complet.
Certains articles anciens ou relevant de médecines alternatives ont attribué au galvanisme dentaire des symptômes très variés : migraines, fatigue, tremblements, tendinites, troubles cutanés, oculaires ou atteintes d’organes à distance.
À ce jour, les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’établir une relation directe et générale entre les faibles courants mesurés en bouche et ces pathologies.
La présence d’une restauration métallique ne doit donc pas être considérée, à elle seule, comme la cause d’un symptôme général. Une évaluation médicale reste indispensable pour rechercher les causes les plus probables.
Il n’existe pas de seuil universel en microampères ou en millivolts permettant d’affirmer qu’une restauration dentaire provoque une maladie générale.
Il correspond à la création d’une différence de potentiel entre plusieurs matériaux métalliques placés dans un milieu conducteur.
Elle correspond à une altération progressive du métal au contact de son environnement. Les alliages dentaires sont conçus pour résister à cette corrosion, mais aucun matériau métallique n’est totalement inerte dans toutes les situations.
Certaines personnes peuvent présenter une réaction à un composant particulier, notamment au nickel. Une allergie relève d’un mécanisme immunologique et ne doit pas être confondue avec un courant galvanique.
Une petite tache gris-bleu ou noire peut parfois apparaître sur la gencive ou la muqueuse à proximité d’une ancienne restauration en amalgame.
Cette coloration, appelée tatouage d’amalgame, correspond généralement à la présence de minuscules particules métalliques introduites dans les tissus, par exemple au moment de la pose, de la dépose ou de la préparation d’une restauration.
Elle n’est pas nécessairement la conséquence d’un courant électrique et ne suit pas des « lignes de courant ». Toute pigmentation nouvelle ou évolutive doit néanmoins être examinée par un chirurgien-dentiste afin d’en confirmer la nature.
Le diagnostic repose d’abord sur l’interrogatoire et l’examen clinique :
Une différence de potentiel peut être mesurée à l’aide d’électrodes et d’un appareil adapté. Cependant, les résultats dépendent fortement du protocole de mesure, de la salive, du contact avec les restaurations et des instruments employés.
Une valeur mesurée isolément ne permet donc pas, à elle seule, d’établir que les symptômes sont provoqués par le galvanisme.
Le diagnostic est avant tout clinique. La mesure électrique peut apporter une information complémentaire, mais elle doit être interprétée avec prudence par un professionnel formé.
Il n’est pas recommandé de déposer systématiquement une couronne, un bridge ou un amalgame en bon état simplement parce qu’il contient du métal.
Une dépose peut être envisagée lorsqu’il existe une véritable indication clinique :
La dépose d’un amalgame produit temporairement des poussières et des vapeurs contenant du mercure. Elle doit être réalisée avec des mesures de protection adaptées lorsqu’elle est médicalement justifiée.
Une dépose systématique préventive d’amalgames intacts n’est pas recommandée.
Depuis le 1er janvier 2025, l’utilisation des amalgames dentaires contenant du mercure est en principe interdite dans l’Union européenne, sauf lorsqu’un chirurgien-dentiste estime leur emploi strictement nécessaire en raison des besoins médicaux particuliers d’un patient.
Cette évolution réglementaire vise principalement à réduire l’utilisation et les rejets de mercure dans l’environnement. Elle ne signifie pas que toutes les anciennes obturations en amalgame doivent être retirées.
Le choix dépend de la dent à restaurer, de l’importance de la perte de substance, des contraintes mécaniques, de l’esthétique recherchée et de la situation médicale du patient.
Résines composites : restaurations esthétiques de la couleur de la dent.
Céramiques : inlays, onlays, facettes et couronnes sans infrastructure métallique.
Zircone : matériau céramique résistant utilisé pour certaines couronnes et certains bridges.
Titane : très utilisé pour les implants en raison de sa résistance et de sa biocompatibilité.
Alliages dentaires : encore employés dans certaines situations prothétiques, notamment lorsque leurs propriétés mécaniques sont nécessaires.
Aucun matériau n’est idéal dans toutes les situations. Le choix doit être effectué avec le chirurgien-dentiste en fonction du bénéfice attendu, des contraintes cliniques et des éventuelles allergies connues.
Demandez un avis professionnel si vous ressentez de façon persistante :
Le chirurgien-dentiste recherchera également d’autres explications possibles : sécheresse buccale, infection, reflux gastrique, effet secondaire d’un médicament, allergie, maladie de la muqueuse ou syndrome de la bouche brûlante.
Conclusion
Le galvanisme buccal est un phénomène électrochimique possible, mais il reste le plus souvent imperceptible. La présence de métaux en bouche ne justifie ni l’inquiétude ni leur retrait systématique.
Kim S. M. et coll. — Oral galvanism related to dental implants.
Amine M. et coll. — Electrogalvanism in Oral Implantology: A Systematic Review.
ANSM — Le mercure des amalgames dentaires.
Commission européenne — Réglementation européenne relative au mercure et aux amalgames dentaires.