Auteur : Docteur LAMBOLEY Georges, chirurgien-dentiste

Le guide de la mauvaise haleine
La mauvaise haleine, également appelée halitose, est fréquente et peut affecter la confiance en soi ainsi que les relations sociales. Elle n’est pourtant pas une fatalité : dans la majorité des cas, sa cause peut être identifiée et traitée.
Qu’est-ce que la mauvaise haleine ?
L’halitose correspond à une odeur désagréable de l’air expiré par la bouche ou par le nez. Elle peut être occasionnelle, par exemple au réveil ou après la consommation de certains aliments, ou devenir persistante.
Dans plus de 80 % des cas, l’origine de l’halitose se trouve dans la bouche. Les bactéries présentes sur la langue, les dents et les gencives dégradent des protéines et produisent notamment des composés sulfurés volatils.
Parmi ces composés figurent le sulfure d’hydrogène et le méthylmercaptan, responsables d’odeurs désagréables. Leur production augmente lorsque la plaque dentaire, les débris alimentaires ou l’enduit lingual s’accumulent.
Bon à savoir : une haleine moins fraîche au réveil est fréquente. Pendant la nuit, la production de salive diminue et les bactéries sont moins facilement éliminées. Le phénomène doit normalement s’atténuer après avoir bu, mangé et effectué son hygiène bucco-dentaire.
Les principales causes de la mauvaise haleine
Une hygiène bucco-dentaire insuffisante
La plaque dentaire est constituée de protéines salivaires, de résidus alimentaires et de bactéries. Lorsqu’elle n’est pas correctement éliminée, elle s’accumule sur les dents, le long des gencives et entre les dents.
Cette accumulation favorise la production de substances malodorantes, particulièrement en présence de :
- caries dentaires ;
- abcès ou infections dentaires ;
- gingivite ;
- parodontite et poches autour des dents ;
- restaurations ou couronnes défectueuses ;
- résidus alimentaires bloqués entre les dents ;
- prothèse dentaire insuffisamment entretenue.

Une langue chargée
La surface de la langue comporte de nombreuses papilles et irrégularités. Des bactéries, des cellules mortes et des résidus alimentaires peuvent s’y accumuler et former un enduit blanchâtre ou jaunâtre.
La partie postérieure de la langue constitue une source fréquente de composés malodorants. Le nettoyage doux de la langue peut donc compléter efficacement le brossage des dents.
La sécheresse buccale
La salive humidifie la bouche, facilite la déglutition et participe à l’élimination naturelle des résidus. Lorsque sa quantité diminue, les bactéries et les composés odorants s’accumulent plus facilement.
Une sécheresse buccale peut être favorisée par :
- une hydratation insuffisante ;
- la respiration par la bouche ou le ronflement ;
- le tabac et l’alcool ;
- l’anxiété ou le stress ;
- certains médicaments ;
- la radiothérapie de la tête ou du cou ;
- certaines maladies ou atteintes des glandes salivaires.

Ne modifiez jamais un traitement de votre propre initiative. Si vous pensez qu’un médicament assèche votre bouche, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien.
Le tabac, l’alcool et certains aliments
Le tabac favorise la sécheresse buccale et les maladies des gencives. L’alcool peut également assécher la bouche. Le café laisse parfois une odeur persistante, surtout lorsqu’il est associé au tabac.

L’ail, l’oignon, certaines épices, la charcuterie ou certains fromages peuvent provoquer une mauvaise haleine transitoire. Après leur digestion, certaines molécules passent dans le sang puis sont éliminées par les poumons. Un simple brossage ne peut donc pas toujours faire disparaître immédiatement l’odeur.

Il n’est toutefois pas nécessaire de supprimer systématiquement les produits laitiers ou une catégorie entière d’aliments. Une alimentation variée et équilibrée reste préférable, sauf indication médicale particulière.
Les régimes et le jeûne
Le jeûne prolongé et certains régimes très pauvres en glucides peuvent entraîner une haleine particulière liée à la production de corps cétoniques. Cette situation n’a pas la même origine qu’une halitose bucco-dentaire.
Les causes ORL ou générales
Lorsque la bouche et les dents sont en bon état, une cause extérieure à la cavité buccale peut être recherchée :
- sinusite chronique ou écoulement nasal postérieur ;
- infection de la gorge ou des amygdales ;
- caséum ou tonsillolithes présents dans les amygdales ;
- reflux gastro-œsophagien dans certains cas ;
- plus rarement, maladie pulmonaire, métabolique, rénale ou hépatique.
Contrairement à une idée répandue, l’estomac n’est généralement pas la première cause de la mauvaise haleine. La recherche commence donc habituellement par un examen bucco-dentaire.
Comment rechercher l’origine de l’halitose ?
Le chirurgien-dentiste examine les dents, les gencives, la langue, les muqueuses, les prothèses et les glandes salivaires. Il recherche notamment une carie, un abcès, une gingivite, une parodontite ou une sécheresse buccale.
Il peut également comparer l’odeur de l’air expiré par la bouche et par le nez. Dans certains cabinets spécialisés, des appareils mesurent les composés sulfurés volatils. Ces mesures peuvent compléter l’examen, mais elles ne sont pas toujours indispensables.
Si aucune cause bucco-dentaire n’est identifiée, une consultation auprès du médecin traitant ou d’un spécialiste, notamment ORL, peut être proposée.
Certaines personnes sont convaincues d’avoir mauvaise haleine alors qu’aucune odeur anormale n’est objectivée. Cette situation, appelée parfois pseudo-halitose ou halitophobie, mérite une écoute attentive et une prise en charge adaptée.
Comment retrouver une haleine fraîche ?
1. Faire réaliser un bilan dentaire
Une halitose persistante nécessite en premier lieu un examen chez le chirurgien-dentiste. Le traitement peut comprendre le soin des caries, le remplacement d’une restauration défectueuse, un détartrage ou une prise en charge des maladies parodontales.
2. Se brosser les dents deux fois par jour
Brossez vos dents pendant deux minutes, matin et soir, avec une brosse souple et un dentifrice fluoré. Un brossage correctement effectué deux fois par jour est préférable à des brossages très fréquents mais trop rapides ou agressifs.
3. Nettoyer les espaces interdentaires
Utilisez chaque jour du fil dentaire ou des brossettes interdentaires adaptées. La brosse à dents ne peut pas éliminer toute la plaque située entre les dents.
4. Nettoyer doucement la langue
Un gratte-langue peut être utilisé une fois par jour, de l’arrière vers l’avant, sans appuyer excessivement.
Il n’est pas nécessaire de rechercher une langue parfaitement rose. Un léger enduit peut être normal. Arrêtez le nettoyage en cas de douleur, de saignement ou de lésion persistante.
5. Maintenir une bonne hydratation
Buvez régulièrement de l’eau au cours de la journée. Un chewing-gum sans sucre peut stimuler temporairement la production de salive après un repas.
En cas de sécheresse buccale persistante, un professionnel de santé peut rechercher sa cause et proposer, si nécessaire, un gel hydratant, un substitut salivaire ou un autre traitement adapté.
6. Limiter le tabac et l’alcool
L’arrêt du tabac améliore la santé des gencives et contribue à réduire les odeurs buccales. Après un café ou un aliment très odorant, boire de l’eau et se rincer la bouche peut apporter un soulagement temporaire.
7. Utiliser correctement les bains de bouche
Un bain de bouche cosmétique peut rafraîchir temporairement l’haleine, mais il ne traite pas une carie, une infection ou une maladie des gencives.
Les bains de bouche antiseptiques, notamment ceux contenant de la chlorhexidine, sont des traitements d’appoint généralement utilisés pendant une durée limitée. Ils doivent être employés conformément à leur notice ou aux recommandations du chirurgien-dentiste ou du pharmacien.
Attention : l’utilisation prolongée d’un bain de bouche antiseptique peut entraîner une coloration des dents, de la langue ou des prothèses, ainsi qu’une modification du goût. Un bain de bouche ne remplace jamais le brossage.
8. Entretenir quotidiennement les prothèses dentaires
Une prothèse amovible doit être retirée et nettoyée chaque jour avec une brosse à prothèse, de l’eau tiède et un produit compatible. Les nettoyants spécialement conçus pour les appareils dentaires peuvent compléter le nettoyage mécanique.
Sauf recommandation particulière du chirurgien-dentiste, il est généralement préférable de retirer la prothèse pendant la nuit afin de laisser reposer les muqueuses.
Pour un nettoyage complémentaire, vous pouvez utiliser un produit destiné aux prothèses, tel que STAIN AWAY, en respectant scrupuleusement les indications et le temps de trempage figurant sur l’emballage.
9. Ne pas compter uniquement sur les solutions masquantes
Les sprays, pastilles et chewing-gums sans sucre peuvent rafraîchir temporairement l’haleine. Ils ne doivent cependant pas retarder le diagnostic d’une halitose persistante.
Le persil, la menthe, la cannelle ou le clou de girofle peuvent modifier brièvement l’odeur de la bouche, mais leur efficacité médicale durable n’est pas démontrée. Les huiles essentielles ne doivent pas être appliquées pures sur les muqueuses ni avalées.
Quand faut-il consulter ?
Prenez rendez-vous avec un chirurgien-dentiste si :
- la mauvaise haleine persiste malgré une bonne hygiène ;
- vos gencives saignent ou sont gonflées ;
- vous ressentez une douleur dentaire ;
- une dent devient mobile ;
- votre bouche reste anormalement sèche ;
- votre prothèse provoque des blessures ou conserve une odeur persistante ;
- vous observez une lésion buccale qui ne guérit pas.
Si aucune origine bucco-dentaire n’est retrouvée, votre chirurgien-dentiste pourra vous orienter vers votre médecin traitant ou vers un spécialiste.
Consultez rapidement en cas de fièvre, gonflement du visage ou du cou, difficulté à avaler ou à respirer, grande fatigue inhabituelle ou haleine fruitée associée à des nausées, une respiration rapide ou un malaise.
En conclusion
La mauvaise haleine persistante est le plus souvent liée à la bouche : plaque dentaire, langue chargée, maladie des gencives, carie, prothèse insuffisamment entretenue ou sécheresse buccale.
Une hygiène rigoureuse, le nettoyage de la langue et des espaces interdentaires, une hydratation suffisante et un contrôle chez le chirurgien-dentiste permettent généralement d’en identifier la cause et de retrouver une haleine plus agréable.
À retenir : masquer l’odeur ne suffit pas. Pour traiter durablement l’halitose, il faut en rechercher et en corriger la cause.
Sources et références
Assurance Maladie
Mauvaise haleine : causes, prévention, diagnostic et traitement
Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire
L’halitose n’est pas une fatalité
Yaegaki K. et collaborateurs
Tongue brushing and mouth rinsing as basic treatment measures for halitosis
Garsot Ophélie
L’halitose : une approche pluridisciplinaire
Information médicale : cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un diagnostic réalisé par un chirurgien-dentiste ou un médecin. Une mauvaise haleine persistante, associée à d’autres symptômes ou apparaissant brutalement, doit faire l’objet d’une consultation.






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