Auteur : Docteur Georges LAMBOLEY, chirurgien-dentiste — Comité éditorial
Pourquoi une prothèse dentaire inférieure tient-elle moins bien ?
Causes de l’instabilité et solutions pour mieux stabiliser un dentier du bas
Les problèmes de stabilité concernent beaucoup plus souvent la prothèse complète inférieure que la prothèse supérieure. Cette différence s’explique par une surface d’appui plus réduite, la résorption de l’os mandibulaire et les mouvements permanents de la langue, des joues et du plancher de la bouche.
Pourquoi le dentier inférieur est-il moins stable ?
Une prothèse complète supérieure recouvre une surface relativement étendue comprenant la crête gingivale et une grande partie du palais. Lorsque son adaptation est précise, cette surface favorise sa rétention.
La prothèse inférieure repose uniquement sur une zone étroite de la mandibule. Elle ne bénéficie pas d’une surface comparable au palais et doit laisser suffisamment de place à la langue.
Elle se trouve également au contact de nombreuses structures mobiles :
- la langue ;
- les joues ;
- les lèvres ;
- le plancher buccal ;
- les muscles sollicités pendant la parole, la déglutition et la mastication.
Conséquence : même lorsqu’elle est correctement réalisée, une prothèse complète inférieure ne peut généralement pas atteindre la même rétention naturelle qu’une prothèse complète supérieure.
Les principaux facteurs responsables de l’instabilité
1. La résorption de l’os mandibulaire
Après la perte des dents, l’os alvéolaire qui les soutenait se résorbe progressivement. La crête osseuse devient moins haute, moins large et parfois presque plate.
Plus cette crête est réduite, moins la prothèse dispose de relief pour résister aux mouvements horizontaux. Le problème peut devenir plus marqué après plusieurs années d’édentation.
2. Une gencive fine ou mobile
La muqueuse qui recouvre la mandibule peut être mince, sensible ou insuffisamment attachée à l’os. Dans certains cas, elle se déplace sous la pression de la prothèse.
Une base rigide reposant sur des tissus mobiles risque alors de basculer pendant la mastication et de provoquer des zones douloureuses.
3. Une quantité de salive insuffisante
La salive participe à l’adhésion entre la prothèse et la muqueuse. Une bouche sèche peut donc diminuer la tenue de l’appareil, favoriser les frottements et rendre la mastication plus inconfortable.
Certains médicaments peuvent réduire la salivation, notamment plusieurs traitements contre l’hypertension, l’anxiété, la dépression ou les allergies. Le nombre de médicaments pris est souvent plus déterminant que l’âge lui-même.
Une salive très épaisse ou excessivement abondante peut également gêner la stabilité chez certaines personnes.
4. Une prothèse devenue trop ancienne
La bouche évolue continuellement, alors que la base du dentier conserve globalement sa forme. Avec le temps, un espace peut apparaître entre la prothèse et la gencive.
L’appareil devient alors moins stable, même s’il était parfaitement adapté lors de sa fabrication.
5. Une mauvaise répartition des contacts dentaires
Les dents artificielles du haut et du bas doivent entrer en contact de manière équilibrée. Si les forces sont mal réparties, la prothèse inférieure peut basculer ou se soulever à chaque mastication.
Une usure importante des dents prothétiques peut également modifier cette répartition.
Le rôle essentiel de la langue et des muscles
La langue réalise continuellement des mouvements pendant la parole, la mastication et la déglutition. Elle peut participer à la stabilisation du dentier inférieur, mais elle peut aussi le déplacer si ses mouvements ne sont pas encore adaptés.
Lorsqu’une personne est restée édentée pendant une longue période, sa langue a pu prendre davantage de place dans la bouche. L’arrivée d’une nouvelle prothèse réduit soudainement cet espace.
La langue peut alors pousser l’appareil, comme si elle cherchait à retrouver sa position antérieure. Ce phénomène est particulièrement fréquent pendant les premières semaines.
La patience est importante : avec un port régulier et une prothèse correctement adaptée, la langue et les muscles peuvent progressivement apprendre à stabiliser l’appareil au lieu de le déplacer.
Cette adaptation ne doit toutefois pas servir à justifier une prothèse douloureuse ou constamment instable. Un contrôle professionnel reste nécessaire lorsque la gêne persiste.
Comment améliorer la tenue d’une prothèse inférieure ?
Avant d’envisager des implants, le chirurgien-dentiste doit rechercher la cause exacte de l’instabilité. Plusieurs solutions peuvent être proposées.
| Solution | Dans quelle situation ? |
|---|---|
| Réglage des bords | Lorsque la langue, les joues ou les freins soulèvent la prothèse. |
| Réglage de l’occlusion | Lorsque les contacts entre les dents artificielles font basculer l’appareil. |
| Rebasage | Lorsque la base ne correspond plus précisément à la forme de la gencive. |
| Renouvellement | Lorsque la prothèse est très usée, déformée ou devenue inadaptée. |
| Adhésif ou matériau de stabilisation | Pour améliorer temporairement le confort et la confiance, après vérification de la prothèse. |
| Implants | Lorsque la rétention naturelle reste insuffisante malgré une prothèse correctement adaptée. |
Le rebasage
Le rebasage consiste à ajouter un matériau à l’intérieur de la prothèse afin de rétablir un contact plus précis avec la gencive. Il peut améliorer la stabilité lorsque l’os et les tissus ont évolué depuis la fabrication du dentier.
Cette solution ne peut cependant pas corriger une mauvaise position des dents, une occlusion défectueuse ou une prothèse trop ancienne et très usée.
Les adhésifs et solutions de stabilisation
Un adhésif peut contribuer à améliorer la confiance et la tenue d’une prothèse correctement conçue. Il doit être utilisé en petite quantité et conformément à sa notice.
Des matériaux de rebasage souples comme AJUSDENT peuvent également améliorer temporairement l’adaptation entre la prothèse et la gencive.
Attention : devoir appliquer constamment une grande quantité d’adhésif peut indiquer que la prothèse est devenue inadaptée. L’adhésif ne doit pas retarder une consultation.
Réapprendre à mastiquer
Pendant l’adaptation, il est préférable de couper les aliments en petits morceaux et de les répartir des deux côtés de la bouche. Une mastication uniquement d’un côté favorise le basculement de l’appareil.
Il est également recommandé d’éviter de mordre fortement avec les incisives, surtout dans les aliments durs. L’utilisation des dents postérieures permet de mieux équilibrer les pressions.
Stabiliser une prothèse inférieure avec des implants
Lorsque la rétention naturelle demeure insuffisante, une prothèse amovible peut être retenue par des implants placés dans la partie antérieure de la mandibule.
Dans de nombreuses situations, deux implants conventionnels munis de systèmes d’attache permettent d’améliorer nettement la stabilité d’une prothèse complète inférieure. La prothèse reste amovible : elle peut être retirée pour son nettoyage, puis clipsée sur ses attaches.
Les principaux bénéfices possibles :
- meilleure stabilité pendant la mastication ;
- réduction du risque de soulèvement de la prothèse ;
- amélioration du confort et de la confiance ;
- mastication de certains aliments facilitée.
Implants conventionnels ou mini-implants ?
Les mini-implants ont un diamètre inférieur à celui des implants conventionnels. Ils peuvent être envisagés dans certaines situations anatomiques ou médicales, mais ils ne constituent pas automatiquement la meilleure solution.
Le choix dépend notamment :
- de la quantité et de la qualité de l’os disponible ;
- de l’état général et des traitements médicaux ;
- du tabagisme ;
- de la force masticatoire ;
- de la conception de la prothèse ;
- de la capacité à assurer une hygiène et un suivi réguliers.
Un examen clinique et radiographique est indispensable avant toute décision. Les implants nécessitent ensuite un entretien rigoureux et un contrôle périodique des attaches.
Quand faut-il faire contrôler son dentier ?
Une consultation est recommandée si la prothèse :
- se soulève à chaque mouvement de la langue ;
- bascule pendant la mastication ;
- provoque des douleurs, des rougeurs ou des ulcérations ;
- nécessite une quantité croissante d’adhésif ;
- empêche de manger certains aliments ;
- est devenue instable après une perte de poids importante ;
- est ancienne, très usée, fissurée ou réparée à plusieurs reprises.
Le chirurgien-dentiste pourra déterminer si le problème provient de la base, des bords, des dents artificielles, de l’occlusion, de la sécheresse buccale ou de la résorption osseuse.
En conclusion
Une prothèse complète inférieure est naturellement plus difficile à stabiliser qu’une prothèse supérieure. Cette difficulté ne doit cependant pas être considérée comme une fatalité : réglage, rebasage, renouvellement, adaptation musculaire et implants constituent différentes solutions selon la cause du problème.
La première étape consiste toujours à faire examiner la prothèse et les tissus qui la soutiennent. Une solution efficace ne peut être choisie qu’après avoir identifié précisément l’origine de l’instabilité.






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